vendredi 12 janvier 2018

Nouvelle Année

On peut probablement dire que nous avons entamé la nouvelle année de bonne manière: un passage de nuit entre Mazatlan et Isla Isabel, pleine lune, mer d'huile.

Plage sur Isla Isabel

Isla Isabel est à peu près à 40 miles nautiques de la côte pacifique du Mexique. Une île où les «blue footed boobies» et «frigates», pardonnez-moi ici les noms d'oiseaux en anglais, mais je n'ai pas accès à une encyclopédie d'ornithologie en français, viennent procréer et élever leurs petits. Apparemment, il y a plusieurs années, Jacques Cousteau et la Calypso étaient venus ici tourner un de leur documentaire. À trouver surYouTube probablement.


Ils viennent par milliers, ces oiseaux frégates sont aussi très spectaculaires. En effet, les mâles, pour s'attirer les faveurs de leurs dames, gonflent une sorte de poche rouge sous leur gorge et restent ainsi des heures à attendre qu'une d'entre elles daignent bien noter la démonstration et accepter, non pas sans réticence, l'accouplement.

Les oiseaux bien occupés à leur besogne de reproduction, n'ont que faire des visiteurs qui comme nous s'approchent à quelques pas de leurs nids... j'ai donc pu faire quelques photos pas mal. À vous de juger.


L'ile est aussi un paradis pour les iguanes. De toutes tailles. Faut d'ailleurs faire gaffe où on met les pieds, car la texture et couleur de leur peau se mêlent entièrement au foliage environnant. On ne les aperçoit vraiment que lorsqu'on est sur le point de leur marcher dessus. Sauf ceux qui se prélassent au soleil sur un rocher ou sur une dalle de ciment.


Nous y sommes restés quelques jours. Avant de nous rendre à San Blas. Une petite ville qui a échappé au flux touristique venu du Nord. Because, beaucoup de moustiques par ici. Heureusement, Helen a terminé juste à temps de nous fabriquer avec sa fameuse machine à coudre Sailrite, une série de moustiquaires tout à fait efficace.


Finalement, il me faudrait probablement écrire quelque chose de profond et poétique à l'orée de cette nouvelle année. Quelque chose qui dirait combien nous sommes choyés par la vie. Choyés d'avoir autour de nous des amis de tous horizons, fidèles comme de vieux pitous. Choyés encore, de pouvoir compter sur nos familles dans les bons comme dans les mauvais jours. Choyés enfin d'être ensemble mon Hélène et moi... Mais ce serait dire l'évidence, et qui veut entendre ronfler des évidences quand il y a tant à vivre. M'enfin... vous me donnez une année pour y réfléchir?

samedi 23 décembre 2017

Noël sous les Tropiques

Lever de soleil sur notre mouillage - Vieux Port de Mazatlan

Cette année je vivrai mon deuxième Noël sous les Tropiques. La dernière remonte à 1975 alors que je voyageais en Australie. J'avais passé un Noël un peu tristounet, sous la pluie, dans une auberge de jeunesse à Cairns sur la côte est de la province du Queensland.

C'était alors mon premier Noël loin de la famille, de la neige. Je venais d'avoir dix-huit ans. Je me souviens m'être senti bien loin de tout, un peu perdu, coupé de ce qui avait défini ma jeune vie jusqu'alors.

J'étais entouré de voyageurs aguerris et pour la plupart sympatiques. Un anglais me revient à l'esprit, Dennis. Il me laissait prendre sa Honda 350 pour des tours en ville de temps à autre. Un chic type. Deux australiennes: Lynn et Carol, qui prenaient un malin plaisir à se foutre de ma gueule, sans vraie méchanceté probablement, mais ma petite nature en souffrait néanmoins.

42 ans ans ont passé. Comme un éclair. Aujourd'hui, encore sur la côte Pacifique mais à l'est cette fois, c'est Mazatlan qui m'accueuille pour ce deuxième. Quand j'y pense la scène est complètement différente, même si certains penseront que comme nous vivons à bord de notre voilier depuis 5 ans Helen et moi, il y a toujours un petit côté «gypsie» qui reste manifeste. L'auberge de jeunesse s'est transmutée en voilier, en somme!


Sur le mur d'un hôtel faisant face à la plage de Mazatlan
rappelant le passage ici du fameux Jack.


Les rencontres restent toujours ce qui définissent ces voyages par contre. Les paysages séduisent, envoûtent. Mais ce sont les complicités qui marquent de leurs magies les espaces visités. Comme cette famille française, bretonne, que nous cotoyons ici dans le vieux port de Mazatlan. Patrick, Florence et leur fille de quatorze ans ont quitté la France il y a 3-4 ans. Leur itinéraire les a mené de la Méditérrannée, jusqu'au Brésil, par les Caraïbes, Panama et maintenant le Mexique. Une ou deux avaries les ont fait s'attarder ici plus longuement que prévu. Une voie d'eau en autre! Mais ils espérent pouvoir faire route vers les Philippines ce printemps en passant par Hawaii.

Nous avons passé un bel après-midi hier en leur compagnie. Florence nous a gâté avec de petits gâteaux-maison et comme je venais de faire une fournée de pain, on les a reçus un peu plus tard pour des tartines chaudes, tout juste sorties du four, avec «muy mantequilla».

Noël au Mexique a aussi ceci de bien qu'il semblerait que pour la plupart les mexicains ne sont pas tombés (encore du moins) dans l'orgie mercantile qui caractérise Noël dans le reste de l'Amérique du Nord. On voit ici et là des décorations et des affiches, mais rien qui approche l'hystérie de Noël au pays.

Enfin, même à 40 ans de distance, Noël par 25C, avec des palmiers comme sapins, avec des «pinatas» Père Noël en vente dans les «mercados publicos», et l'absence notée de Bing Crosby en trame sonore dans les «tiendas», ça reste un peu surréel.


«Feliz Navidad a todos».

vendredi 8 décembre 2017

La peur de l'eau

             J'ai passé une bonne partie de ma vie adulte (après 40 ans) à vouloir apprendre à nager. J'ai toujours eu cette peur paralysante. Je n'ai aucune idée de quel ancien traumatisme elle est le résultat, mais elle a toujours été là.

            Il y a 20 ans, mes premiers passages à bord du voilier de mon beau-père étaient logés sous le signe d'un noeud au ventre qui ne me quittait que lorsqu'on remettait pied à terre. Je dois bien avoir passé des centaines d'heures en leçons de natation à faire des bulles, flotter sur le dos, le ventre, à essayer de coordonner mes mouvements pour arriver à prendre une bouffée d'air lorsqu'un patient instructeur m'enseignait le «crawl», rien à faire.

            Ma pshysiologie est telle que dès que j'arrête de progresser dans l'eau... sous l'impulsion d'une poussée contre le mur d'une piscine, et que, maladroitement, je tente de «nager», que voilà que je ralentis et bientôt je coule.

            L'hiver dernier, j'ai rencontré probablement celui de mes instructeurs qui m'a le plus aidé et fait progressé. Diogo, de Buenos Aires. Avec lui, j'ai acquis une meilleure technique et je sens que je suis tout près du jour où je pourrai me propulser sans problème dans les eaux opalines qui nous entourent ces jours-ci. Nous sommes sur l'île Espiritu Santo à quelques milles au nord de La Paz dans la mer de Cortez. Un paradis pour la plongée et le snorkeling.

            La longue plage qui fait face à Bahia Candelabra où nous sommes au mouillage, est bordée par un banc de sable qui s'étend sur presque 300 mètres et dont la profondeur n'excède jamais plus de 2-3 mètres. Idéal pour me permettre de gagner en confiance, alors que je nage pour la première fois, hors piscine.

            Il y a aussi derrière cet effort, un objectif bien pragmatique. Mantenant que nious sommes dans les tropiques, la vie marine qui vient s'attacher à notre coque et autres appendices submergés en permanence (comme notre pilote auto) est beaucoup plus active et tenace que celle des eaux plus froides de Vancouver. Ce qui implique qu'on doit de temps à autre plonger sur la coque pour la nettoyer avec une brosse douce et ainsi d'une part empècher les petits organismes marins de grandir et d'autre part, de garder un profil de coque propre et donc plus efficace lorsqu'en mouvement.


            Mais bon, première étape, arriver à un zone de confort minimal dans l'eau.

lundi 13 novembre 2017

À l'ancre, à vide

À l'ancre en face de Cabo San Lucas, centre touristique amphétaminé jusqu'aux ouies, après une descente de la côte de la péninsule de Baja qui nous aura pris une semaine. Deux arrêts: Bahia de Tortugas et Bahia Santa Maria. Quelques nuits passées au large de la côte sur des vents arrières modérés et parfois complètement éteints.


Le rythme de la vie à bord est maintenant bien établi. Les petits projets de maintenance sur le bateau (imposés ou intentionnels, dépendant) se succèdent sans grande urgence, sauf quand le désalinisateur refuse de fonctionner pour cause de surchauffe. La température ambiante est autour de 30C et le cabinet ou se trouve le désalinisateur n'est pas bien ventilé, j'y remédie aujourd'hui avec une excursion chez Home Depot. J'ai déjà ajouté un petit ventilateur qui aide je pense mais ça ne suffit pas tout à fait.

Au delà de cette gestion bien quotidienne de la vie à bord, la dérive intellectuelle continue. Une espèce d'errance où je me trouve confronté à un sentiment d'incapacité à créer. Une sorte d'obligation mal placée où je sens devoir «produire» quelque chose: textes, images, scénarios, videos. Mais ça n'aboutit jamais plus loin que ce sentiment d'obligation. Comme paralysé par le vide devant cette poussée, pas de projet clair.

Je me demande enfin si cette idée que je me fais de moi-même en tant qu'«auteur» n'est pas tout simplement une perception, une intention complètement fabriquée... sans aucune assise en mon for intérieur.


Anyway... Je gratte, je gratte sans arriver à autre chose qu'une frustration montante devant ce vide. En ce sens, le bateau, pour autant qu'il dicte le rythme de mes journées, agit aussi comme distraction, comme porte de sortie où je peux investir mes énergies sans avoir à combler cet autre vide.

dimanche 8 octobre 2017

Tenir le rythme... des fois

Comme je le mentionnais dans un «post» précédent, le rythme du voyage c'est bel et bien installé. Je devrais plutôt dire: «c'était installé», avant que.

Avant que ma pauvre Helen ne se fracture la cheville (en trois points).

Résumons, on quitte la côte en direction des îles Channel. Un groupe d'îles égrainées le long de la côte sud de la Californie. Tous nos copains marins nous en parlent avec émerveillement. Faut absolument pas passer à côté de la chose, un «must» comme on dit. Donc, on se rend dans la plus septentrionale de celles-ci, San Miguel. Et dès l'arrivée on doit donner raison aux amis. Enchanteur.



Sauf que le vent, réglé comme une horloge, déferle en cascade au-dessus de la butte qui devrait nous protéger des vents du nord-ouest, pile en matinée et ne s'éteint que tard dans la nuit. Pour le mouillage tranquille, on repassera.

Tant s'en faut, on se dit qu'un peu de trekking parmi les dunes, les éléphants de mer qui viennent mettre bas ici et l'ascension sur le plateau central de l'île nous fera oublier l'ancrage inconfortable.



On met à terre, on marche, on grimpe jusqu'à la station du «ranger» du parc national. En effet, superbe. On traine un peu le temps de voir un petit doc à propos de l'histoire de la famille qui a un jour habitée l'île. Sympathique.

On prend le chemin du retour. Faut dire ici que le sentier pour nous rendre au sommet de l'île quoique bien entretenu, est assez à pic, et par endroits, très étroit. Assez pour vous faire agripper les quelques maigres branches qui poussent sur le flanc du sentier, en espérant que vous n'allez pas perdre pied et vous retrouvez quelques dizaines de mètres plus bas, en fort mauvaise ??? Posture !!

Et comme de fait, voilà que j'entends Helen qui lance un cri. Je me retourne pour constater qu'elle est tombée juste en marge du sentier et qu'elle est sur le point de dévaler la pente raide. Je reviens sur mes pas au plus vite, et ne peux que constater, très évidemment, que quelque chose de bien malsain est survenu à sa cheville. Sous mes doigts, je peux sentir et déplacer, sous la peau de sa cheville, un os qui ne ne devrait définitivement pas se trouver là...



Pour faire court, avec l'aide de quelques autres trekkers qui par bonheur se trouvaient sur la piste, on passe la bonne partie de l'heure suivante à descendre Helen jusqu'à la plage. Où, heureusement, un autre bateau ancré dans la baie nous offre d'utiliser leur énorme zodiac pour ramener Helen jusqu'à Shamata.

Le lendemain, à l'hôpital Cottage de Santa Barbara, on prendra bien soin d'Helen. Opérée dès son arrivée ou presque, le chirurgien, hors pair, prendra la partie d'Helen contre la compagnie d'assurances qui voulait la rapatrier au Canada pour l'intervention!! Et le lendemain, son infirmière et la physio ont tôt fait de l'aider à retrouver un peu de mobilité.



Après quelques jours de repos sur la bateau, à la marina publique de Santa Barbara, on a fait route sur deux, trois jours pour nous rendre à San Diego. On se disait qu'il valait mieux se rapprocher du Mexique pour ne pas rater le début de la saison de voile, fin octobre.

Dans tout ce charri-vari, je me dois de souligner le stoïcisme d'Helen qui après une saute de colère contre elle-même, elle s'en voulait de sa gaucherie, a tout simplement pris la chose comme une courbe dans la route. Un détour inattendu dans notre petite aventure.



C'était il y a dix ou douze jours. Les jours se suivent et se ressemblent. On doit remonter en bagnole sur Santa Barbara pour que son chirurgien puisse évaluer sa guérison d'ici quelques jours. Ça nous fera changement. Helen en est déjà à ne plus prendre les médicaments qu'on lui avait prescrits pour la douleur. Bien que ça reste un peu acrobatique, elle se déplace à bord. L'habitacle sur Shamata a ceci de pratique, qu'il présente plein de points d'appui, lui permettant, en sautillant, d'aller et venir.

vendredi 15 septembre 2017

Monterey Bay


Le rythme est établi maintenant, après un peu plus d'un mois de voile, le corps et la tête (des fois, pas tout le temps) s'abandonnent au lent passage des heures. Y'a plus rien qui presse, mettons.



Ça laisse l'espace libre pour la rêverie, les bonnes intentions, les regrets aussi. Une tendance lourde de mon esprit qui toujours s'abime dans les occasions ratées, rendez-vous manqués et autres cafouillages qui ont jalonnés ma route. Et sans me vanter, ils sont nombreux et de taille ces merdes.



Big Sur est juste au détour de la côte, à quelques milles au sud de Monterey. Mes modestes élucubrations ont peut-être à voir avec celles du grand Jack qui, un jour, sur une autre planète, est venu trouver ici un sens à son dévolu.



La transition la plus tortueuse donc n'est pas celle de vivre en marin à plein temps, mais plutôt celle d'accepter de fixer le regard non pas sur le sillage, mais sur l'horizon. Un peu comme Kerouac avait fixé le sien sur la route, peut-être.